
Pour de nombreuses personnes vivant avec l’insuffisance rénale chronique, manger des fruits, légumes, légumineuses ou pommes de terre peut rapidement déclencher la prudence, voire l’évitement. En effet, le potassium contenu dans ces aliments inquiète, parfois au point de reléguer au second plan leurs bénéfices nutritionnels bien documentés. Pourtant, au fil des dernières années, la recherche remet en question une idée longtemps reçue: celle selon laquelle le potassium alimentaire serait, à lui seul, un déterminant majeur de l’hyperkaliémie, c’est-à-dire une élévation du taux de potassium sanguin au-dessus du seuil de la normale (3.5-5.0 mmol/L).
L’insuffisance rénale chronique (IRC), se définit par une diminution progressive et irréversible de la fonction rénale, objectivée par une baisse du débit de filtration glomérulaire (DFG) et/ou par la présence d’anomalies rénales persistantes depuis plus de trois mois. Elle est classée en différents stades, allant du stade 1 (fonction rénale peu altérée) au stade 5, correspondant à l’insuffisance rénale terminale (les reins n’arrivent plus à filtrer le sang adéquatement). Souvent asymptomatique à ses débuts, l’IRC est associée à plusieurs perturbations métaboliques, dont l’hyperkaliémie. Les médecins surveillent étroitement le potassium sanguin en raison de son lien potentiel avec des complications cardiaques graves.
Dans ce contexte, la restriction potassique est devenue une pierre angulaire des recommandations nutritionnelles. Mais cette approche mérite aujourd’hui d’être revisitée à la lumière des données scientifiques récentes.
Historiquement, l’hyperkaliémie chez les personnes atteintes d’IRC a été largement attribuée à un apport alimentaire excessif en potassium. Cette conception a conduit à des recommandations nutritionnelles souvent uniformes, visant à limiter l’ensemble des aliments riches en potassium, indépendamment de leur source ou du profil clinique du patient. Cette approche reposait sur l’idée que la quantité de potassium consommée dans l’alimentation était le principal facteur influençant le taux de potassium dans le sang.
Les études observationnelles publiées au cours des dernières années montrent toutefois que la corrélation entre l’apport alimentaire en potassium et la concentration sanguine de potassium est souvent faible chez les personnes atteintes d’IRC non dialysées. Dans plusieurs cohortes, une consommation plus élevée de potassium alimentaire n’était pas associée à une augmentation significative du risque d’hyperkaliémie.
Ces résultats suggèrent que, chez de nombreux patients, l’hyperkaliémie ne dépend pas uniquement de l’apport alimentaire. Elle est influencée par plusieurs facteurs, dont le stade de la maladie rénale, la présence d’un diabète, l’équilibre acido-basique (acidité du sang) et l’utilisation de certains médicaments couramment prescrits en IRC, notamment les inhibiteurs du système rénine-angiotensine-aldostérone. Ainsi, deux personnes atteintes d’IRC consommant une quantité similaire de potassium peuvent présenter des réponses biologiques très différentes.
Un élément central des données récentes concerne la distinction entre les différentes sources de potassium. Le potassium naturellement présent dans les aliments peu transformés, comme la banane, est souvent absorbé plus lentement grâce aux fibres et à la matrice alimentaire, ce qui peut en limiter l’absorption intestinale. À l’inverse, le potassium ajouté sous forme d’additifs alimentaires, fréquemment utilisé dans les aliments ultra-transformés, est rapidement et presque complètement absorbé. En pratique, les aliments hautement transformés riches en additifs de potassium, mais aussi certaines viandes, produits laitiers, jus et substituts de sel à base de chlorure de potassium, peuvent fournir une charge potassique plus élevée et davantage biodisponible que de nombreux aliments frais d’origine végétale.
Laisser un commentaire